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Les étudiants chinois en France : mieux les accueillir, un pari gagnant

23 juillet 2018
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La mobilité étudiante chinoise est la plus importante au monde et elle est en hausse de 40% ces 5 dernières années. Selon les chiffres clés de Campus France. Sur 4,6 millions d’étudiants internationaux dans le monde, plus de 600 000 sont chinois selon les chiffres 2017 du ministère chinois de l’éducation, une augmentation de 11,74% par rapport à 2016.

Des étudiants chinois de plus en plus mobiles
Les étudiants chinois continuent de privilégier en mobilité entrante les pays anglo-saxons : Etats-Unis (37%), Australie (11,4%) et Royaume-Uni (10, 9%), devant le Japon (10,6%) et le Canada (5,3%).

Quatrième pays d’accueil des étudiants internationaux (309 642 au total), la France se place en huitième position avec 3,2% d’étudiants chinois. La part de marché s’est réduite et les effectifs ont baissé de 3,2% entre 2011 et 2016 malgré une récente stabilisation. Les étudiants chinois forment la deuxième communauté des étudiants étrangers en France derrière les Marocains.

Si la majorité d’entre eux suit des cours à l’université (16 166), ils sont 19% dans les écoles de commerce (5 494 étudiants), et 13,4% en école d’ingénieurs (3 845). La Chine figure dans le top 5 des communautés doctorantes avec 1 951 étudiants.

Par sa place dans l’économie mondiale, la Chine est un vivier de choix pour recruter des étudiants. Pour autant, augmenter et attirer cette population étudiante ne doit pas nous empêcher d’apporter un aspect qualitatif à notre accueil.

Qui sont ces étudiants chinois et quelles sont leurs attentes ?
Hyper connectés et très bien renseignés, ces milléniaux basent leur choix sur les classements mondiaux, la réputation des écoles et la qualité des cursus proposés. Mais c’est aussi une population extrêmement exigeante en termes de services.

En Chine, l’éducation est le premier poste de dépense des familles. Dans le contexte des grands plans économiques initiés par le président chinois, tel Made in China 2025, la formation des talents est un enjeu. Si le gouvernement délivre environ 2 500 bourses par an pour la France (selon le Ministère chinois de l’éducation) plus de 90% des études sont à la charge des familles. Face à ces investissements qui peuvent dépasser 1m CNY pour un cursus de 4 ans, on comprend que les familles attendent ce qu’il y a de mieux en termes de niveau d’éducation, de services adaptés, de sécurité....

Ces étudiants ont déjà dès leur plus jeune âge suivi des cours intensifs d’anglais ou d’autres matières pour parfaire ou acquérir des connaissances, et n’hésitent pas à investir dans les services d’apprentissage éducatifs. Ils sont particulièrement demandeurs de services adaptés : services dédiés, accueil personnalisé, qui vont devenir des avantages concurrentiels pour les écoles.

En France, si certains sont encadrés au sein de programmes d’échanges entre écoles ou universités, doctorants ou chercheurs, d’autres viennent étudier par eux-mêmes. C’est par exemple le cas dans les écoles de commerce.

Pour une majorité d’entre eux, la France est leur premier pays étranger d’accueil. Pour ces « primo arrivants », la rencontre avec notre pays peut représenter un véritable choc culturel. Dans le cas des écoles de commerce dans lesquelles la durée des études s’étale sur deux ans selon les cursus, les premiers mois représentent une phase d’adaptation : accoutumance à un nouvel environnement, apprentissage ou pratique de la langue française, familiarisation avec de nouveaux comportements sociaux, socialisation dans et en dehors des campus... Pour certains cette adaptation ne se fait pas sans mal, engendrant des situations de solitude, voire de dépression.

La majorité d’entre eux sont les étudiants les plus brillants de leur génération. Habitués à la performance et à la compétition dès leur plus jeune âge, ils n’ont cependant pour la plupart pas ou peu appris à développer leurs « soft skills », ces compétences humaines qui permettent flexibilité et adaptabilité à un nouvel environnement et ils manquent souvent de confiance en eux. Leurs aspirations en termes de position ou de salaire sont souvent altérées par une mauvaise connaissance d’eux-mêmes.

Pour beaucoup de ces étudiants, rester en France n’est pas une option. Ils envisagent le retour en Chine après deux ans d’études et n’auront de toute évidence pas su capitaliser sur leur séjour en France.
      
480 000 étudiants « expatriés » sont rentrés en Chine en 2017, soit 11,2% de plus qu’en 2016 selon le ministère chinois de l’éducation. Deux éléments motivent principalement le retour de ces Haigui ou « tortues de mer » (海归) : les opportunités d’emploi dans la 2e économie mondiale et les salaires et avantages qui y sont joints (même si souvent leur premier salaire n’est pas à la hauteur de leur espérance). Les Haigui bénéficient d’avantages fournis par les autorités : aide à l’accès au logement, certificat de départ certifiant leurs études en France, déductions de taxes en Chine pour ceux qui vont créer leur entreprise.

Comment attirer ce public chinois dans un contexte de plus en plus compétitif ?
De nouveaux acteurs apparaissent avec des choix d’études diversifiés. Les parts de marché de pays comme la Russie (en 6e position derrière la France) ou les Pays-Bas augmentent. Dans ce contexte, la France, destination de qualité par excellence, est fortement mise en concurrence.

Les écoles ont pris toute la mesure de ce nouvel environnement stratégique. Nombreuses sont celles qui ont ouvert des bureaux en Chine et leur service commercial collabore sur place avec des agences publiques ou privées. Pour autant, notre pays n’est pas reconnu pour être une destination performante en termes de service, par opposition aux Etats-Unis. Les services carrières des écoles l’ont bien compris et sont en train de se réformer en profondeur pour proposer une offre différente face à une compétition accrue.

Dans un contexte de concurrence ouverte, la destination France et notre offre éducative sont mises au défi : il nous faut donc trouver le moyen de faire mieux pour maintenir et renforcer notre attractivité. Ainsi, les écoles vont devoir consolider leur offre : accueil personnalisé, qualité des cours, attractivité de la destination.



Quelles perspectives d’emploi en France pour ces étudiants chinois ?
Laurent Clementz, fondateur et CEO de 88JOBS, premier site européen de recrutement spécialisé dans les emplois bilingues français - chinois, nous a donné un panorama des opportunités d’emploi pour ces étudiants en France.

« La maitrise du français est un critère majeur : les opportunités pour sino-anglophones en France sont réduites, l’employabilité des étudiants non francophones reste faible.
 
Les PME françaises, premier réseau créateur d’emplois en France, est un tissu majoritairement francophone. Quant aux grands groupes, ils ont des besoins contingentés en Europe, les autres entités ayant peu de volume d’offres par rapport au nombre d’étudiants chinois.

Pour les étudiants francophones, plus d’opportunités existent notamment dans les secteurs du commerce de détail, du luxe, de l’hôtellerie, de l’import-export et tous les secteurs qui ont des flux d’affaires avec la Chine.
 
Aussi peut-on s’interroger sur le projet d’étude de certains étudiants : ont-ils vraiment choisi la France par intérêt ? Souhaitent-ils y faire carrière dans leur domaine d’excellence ? Leur choix est-il avant tout motivé par l’envie d’avoir un diplôme dans un pays étranger, avec un cursus en anglais comme c’est le cas dans les écoles de commerce ? Sur la durée des projets d’études qui vont de 2 à 4 ans, certains accumulent des expériences et restent rarement dans le même pays ; ils n’ont pas développé de projet typiquement franco-chinois. Peu intéressés en fin de compte par notre pays, ces étudiants seront moins perméables à l’influence culturelle de la France, à l’apprentissage du français et fourniront moins d’efforts pour s’adapter à l’écosystème français.

Les étudiants qui choisissent la France, qui sont francophones et se forment dans leur domaine d’excellence ont un véritable atout et logiquement plus d’employabilité. Ces étudiants rencontrés sur les campus des écoles de commerce nous expliquent ce qui a motivé leur choix de la France : attractivité de la France, attrait pour la langue et la culture française, réputation mondiale de certaines écoles et le moindre coût des études comparé à celui des cursus anglo-saxons.

Il est aussi intéressant de noter que les étudiants chinois dans les villes de province parlent en général mieux français, ont su créer un réseau local plus important et ont une employabilité accrue ; à l’opposé, ceux qui restent dans les grandes villes comme Paris font au final peu d’efforts d’intégration et donc sont sujets à moins d’employabilité. »


Parier sur le soft power éducatif français

Le secteur de l’enseignement supérieur peut rester un élément clé du soft power français. Les acteurs du secteur privé, universités ou agences comprennent qu’il faut se mobiliser toujours plus dans le cadre d’initiatives conjuguées pour mieux accueillir ces étudiants à fort potentiel.

Nous avons tous les atouts pour réussir et faire que les étudiants chinois deviennent la première communauté d’étudiants étrangers en France. N’oublions pas qu’une fois diplômés, ces francophiles pour la vie seront les prescripteurs de la destination France en Chine et des affaires franco-chinoises.

Anne Taupin, CCE France
 

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